La mastite ou lymphangite, est une des affections assez fréquentes durant l'allaitement. La majorité des cas surviennent pendant les 6 premières semaines post-partum (la prévalence est de 20%), mais les mastites peuvent survenir n’importe quand pendant l’allaitement.

 

 

L'un des meilleurs moyens de la prévenir repose sur une manière toute simple de mener l'allaitement maternel : faire téter fréquemment le nourrisson et sans restriction de durée afin de bien "vider" les seins. La poursuite de l'allaitement est essentielle dans la guérison de la mastite.

Les causes à l'origine d'une mastite peuvent être nombreuses et variées, parfois même imbriquées. Dans certains cas particuliers, la mastite chronique ou récidivante peut être induite directement par une réaction allergique ou par des carences liées à une allergie ou une intolérance alimentaire (malabsorption intestinale). Dans tous les cas, il est important d'être soutenue et de se rapprocher d'une consultante en lactation ou d'une bénévole d'associations de soutien à l'allaitement maternel.


Mastite inflammatoire et mastite infectieuse
La mastite inflammatoire survient suite à un drainage insuffisant de la glande mammaire, et consiste en une réaction inflammatoire en amont du blocage.

La mastite infectieuse est provoquée par un germe (les plus fréquemment rencontrés sont le Staphylocoque Doré et moins souvent Escherichia coli et un Streptocoque, infection nosocomiale) dont la porte d’entrée peut être cutanée (lésions des mamelons) ou interne (migration de germes par le système lymphatique ou sanguin).

 

 

Symptômes
Les premiers symptômes sont généralement l'apparition d'une plaque rouge et douloureuse sur le sein, avec éventuellement de la fièvre et une sensation de malaise général. Plus précisément :
• Apparition soudaine
• Généralement sur un seul sein
• Localisée, avec une zone rouge et chaude
• Douleur intense, localisée à la zone touchée
• Fièvre supérieure à 38,5°C,  syndrome grippal, avec parfois nausées et vomissements

Les symptômes sont similaires, qu'il s'agisse d'une mastite inflammatoire ou infectieuse, et il n’est pas facile de distinguer l'une de l'autre. Les démangeaisons, la douleur et la chaleur peuvent également être retrouvées en cas d’engorgement ou de canal lactifère bouché http://www.lllfrance.org/Feuillets-du-Dr-Jack-Newman/Canaux-lactiferes-bloques-et-mastites.html (masse douloureuse dans le sein, parfois présence d'une petite ampoule sur le mamelon, le lait a du mal à s'écouler et peut contenir des « grumeaux » ou des filaments ressemblant à du vermicelle qui aura la consistance d'une pâte à dentifrice), bien qu'il n’y a pas nécessairement infection dans ces cas là.

 

 

Les facteurs prédisposants
- Un mauvais drainage du sein par une mise au sein incorrecte et/ou une succion inefficace du bébé ou encore un tire-lait mal adapté. Il est nécessaire de faire vérifier la succion et la mise au sein par une consultante en lactation ou auprès d'une association de soutien à l'allaitement maternel.
- Des mamelons abîmés, toute blessure du sein favorisant les mastites (crevasses http://www.lllfrance.org/Surmonter-les-obstacles/Crevasses.html, lésions dues à une mycose mammaire, morsure...).
- Une sécrétion de lait surabondante (hyperlactation http://www.lllfrance.org/Autres-textes-LLL/Trop-de-lait.html) sera souvent cause d'engorgements à répétition http://www.lllfrance.org/Surmonter-les-obstacles/Engorgement.html, ce qui augmente la fréquence des mastites.
- Une pression sur le sein par un soutien-gorge, un vêtement trop serré, un sac ou une ceinture de sécurité, une position de sommeil, de tétée ou de portage.
- Un tire-lait de mauvaise qualité, mal adapté ou d'une marque obsolète. L'idéal est de choisir un tire-lait http://www.lllfrance.org/Dossiers-de-l-allaitement/DA-57-tour-d-horizon-sur-les-tire-lait.html double pompage avec un réglage de la vitesse et de la force d'aspiration, ensuite de bien vérifier la taille de la téterelle fournie http://www.medela.com/F/breastfeeding/breastpumping/breastshieldfitting.php
Plus d'informations pour tirer son lait http://www.lllfrance.org/L-allaitement-dans-la-vie-quotidienne/Tirer-son-lait.html
- Des tétées irrégulières (Tétées peu fréquentes, ou à horaires fixes, ou de durée limitée, tétées "sautées") augmentent le risque d'engorgement et de canal lactifère bouché http://www.lllfrance.org/Feuillets-du-Dr-Jack-Newman/Canaux-lactiferes-bloques-et-mastites.html, facteurs favorisants les mastites. Un bébé souffrant de reflux gastro-oesophagien (RGO), en particulier, peut avoir un rythme de tétée très variable d'un jour à l'autre.
- La fatigue et le stress sont fréquent lorsqu'on doit s'occuper d'un bébé-RGO ou allergique. D'autre part, certaines allergies et intolérances ( maladie coeliaque) peuvent engendrer chez la mère qui allaite des carences alimentaires (anémie liée, par exemple, à un reflux ou une intolérance aux protéines de lait de vache) et provoquer un épuisement.
"Il sera utile, surtout si la mère se sent chroniquement épuisée, de faire un bilan clinique et biologique à la recherche d'un éventuel problème. Une anémie, une carence en vitamines et/ou en oligoéléments peuvent être responsable de mastites récidivantes. Le tabagisme peut encore aggraver le problème. Il sera utile de vérifier avec la mère si son alimentation est suffisamment variée et équilibrée. Une cure de fer, magnésium, vitamine C ... pourra s'avérer très efficace." 1
- Une faible résistance aux infections, particulièrement si la mère est immuno-déprimée, allergique ou intolérante.
- Malnutrition ou anémie maternelles. Elles peuvent être causées par un tas de raisons, mais, en particulier, certaines allergies (maladie coeliaque, intolérance aux protéines de lait de vache) ou polyallergies qui impliquent d'exclure plusieurs aliments différents de son alimentation. Le cas échéant, il vaut mieux être suivie par un nutritionniste ou un diététicien qui mettront en place une supplémentation en vitamines et oligoéléments si nécessaire.
"Des dépôts de lait séché au niveau de l'orifice aréolaire des canaux lactifères peuvent boucher un ou plusieurs de ces derniers. Si ces derniers se bouchent régulièrement, cela peut être dû à un déséquilibre dans l'apport alimentaire en graisses. La diminution d'apport en graisses saturées et leur remplacement par des huiles insaturées, si nécessaire la prise de compléments de lécithine, pourront être très efficaces dans ce cas. L'application d'une compresse humide et chaude sur le mamelon avant de tirer le lait pourra aider à l'élimination du bouchon." 1
- Un problème allergique. "les mastites peuvent faire partie de la réponse immunitaire de la mère en cas d'allergie [...] dans un groupe de femmes présentant des problèmes allergiques, les mastites faisaient partie d'un ensemble de symptômes d'intolérance indiquant une participation vasculaire, les troubles disparaissant (y compris les mastites) quand la femme avait identifié et éliminé l'allergène." 1

 

 

Dépistage
Les examens médicaux, prélèvements et analyse bactériologique du lait maternel ne sont pas nécessaires en première intention. Toutefois, si une infection est soupçonnée ou si la mastite s'aggrave, il pourra être utile de faire des prélèvements à la recherche d'un germe (Staphylocoque Doré, Escherichia coli, Streptocoque, Candida). Des prélèvements au niveau de la gorge et du nez du bébé pourront aussi être utiles, ce dernier pouvant être porteur et contaminer la mère.
Plus d'informations sur la manière de recueillir le lait en vue de l'examen bactériologique http://www.lllfrance.org/Textes-de-l-Academy-of-Breastfeeding-Medecine/La-mastite.html

 

 

Traitement
Une mastite guérira le plus souvent avec quelques mesures simples :
- Allaiter fréquemment (toutes les 2 heures et au moins une fois la nuit) du côté atteint, pour bien "vider" le sein, est essentiel pour éviter les complications. Si la douleur est insupportable, dans ce cas, il faudra exprimer son lait  manuellement ou utiliser un tire-lait, bien que la succion du bébé reste le moyen le plus efficace. Si le bébé refuse de téter le sein douloureux, à cause du goût du lait qui peut être salé pendant la mastite, exprimer manuellement ou au tire-lait le lait jusqu'à ce que celui-ci retrouve un goût acceptable, afin d'éviter l'engorgement.
- Se reposer suffisamment en profitant de faire la sieste en même temps que son bébé, en dormant près de lui ou dans le même lit (cododo) pendant un ou deux jours, en ne faisant rien d'autre qu'allaiter. L'emploi d'une aide ménagère peut être remboursée par la CAF, jusqu'au 3 mois de l'enfant et sous condition de ressources, pour vous décharger des tâches quotidiennes.
- Masser délicatement la zone atteinte avec toute la main et appliquer des compresses (bouillotte ou douche ou bain) froides ou chaudes, en fonction du soulagement ressenti, sur la zone douloureuse.
- Eviter la pression sur les seins (enlever le soutien gorge, les coupelles d'allaitement, porter son bébé plutôt sur la hanche ou dans le dos).

En appliquant ces méthodes, en général, la fièvre disparaît généralement dans les 24 heures, la douleur en 24 à 48 heures, l'amélioration doit se poursuivre et les autres symptômes auront disparu en 1 semaine.

Les antibiotiques ne sont pas nécessaires dès le départ, car une mastite inflammatoire peut induire exactement les mêmes symptômes qu’une mastite infectieuse (Staphylocoque, Escherichia coli, Streptocoque...). Il n’est pas facile de faire la distinction entre les deux. Les antibiotiques peuvent aussi avoir des effets secondaires sur la mère et le bébé (diarrhée, coliques, mycoses et muguet, éruptions cutanées, otite, stagnation staturopondérale ou autre maladie). Le traitement sera souvent décidé au cas par cas. Il sera en général de 10 à 14 jours pour éviter les rechutes et l’amélioration de santé devrait être rapide et franche.

"Adjoindre un éventuel traitement médicamenteux si :
- La mastite est bilatérale.
- Le mamelon est crevassé, avec signes locaux d'infection.
- Il y a du pus ou du sang dans le lait.
- Il y a une lymphangite à partir de la zone inflammatoire et/ou des adénopathies.
- Il y a une importante altération de l'état général." 1
- Si les mesures de drainage du sein (tétées fréquentes sur le sein malade et repos) ne suffisent pas à entraîner une disparition ou une amélioration franche des symptômes en 24 à 48 heures.
- Si la fièvre et les signes généraux ne diminuent pas au bout de 24 heures, des antibiotiques et des antalgiques peuvent être prescrits.

Antibiotiques
"les  classiquement utilisés sont les pénicillines M (Bristopen®, Orbénine®), ou l'amoxicilline (Clamoxyl®, Agram®), données pendant dix jours, pour prévenir les récidives. En cas d'étiologie streptococcique, on préférera la pénicilline G (Oracilline®). Après un mois post-partum, et/ou devant une mastite non compliquée, la pénicilline G, l'ampicilline (Totapen®, Penicilline®) ou l'érythromycine (Ery 500®, Propiocine 500®) peuvent être utilisées en première intention. Pour les souches de bactériennes résistantes aux antibiotiques, les antibiotiques à préférer sont habituellement les pénicillines résistantes à la pénicillinase comme la dicloxacilline, la cloxacilline, la flucloxacilline ou l’oxacilline." 1 Ces médicaments sont compatibles avec l’allaitement.
Vérifier la compatibilité des médicaments avec l'allaitement

Analgésiques
"Les analgésiques faciliteront la survenue du réflexe d’éjection et doivent être encouragés. Un anti-inflammatoire tel que l’ibuprofène pourra être plus efficace pour lutter contre les symptômes liés à l’inflammation qu’un antalgique simple tels que le paracétamol. L’ibuprofène est indétectable dans le lait après des prises maternelles allant jusqu’à 1,6 g/jour, et il est considéré comme étant compatible avec l’allaitement." 2

Régime d'éviction alimentaire
Dans le cas particulier de mastites liées à une allergie ou une intolérance alimentaire, le fait de supprimer l'aliment à l'origine de la réaction permetrait une guérison de la mastite en plus de la réaction allergique.
Plus d'information sur la manière de mener une éviction alimentaire

Rechutes et complications
- Un sein pas assez drainé peut engendrer des mastites chroniques et récidivantes (ne pas minuter ni limiter les tétées, laisser le bébé "vider" complètement le sein avant de proposer l'autre, etc).
- Un germe peut être à l'origine d'une infection (Staphylocoque Doré, Escherichia coli, Streptocoque, Candida) et provoquer une récidive de la mastite dès la fin du traitement. Il pourra être utile de faire des prélèvements pour rechercher la nature du germe et adapter le traitement médicamenteux. Il est parfois utile de poursuivre l'antibiotique, à doses filées, pendant des semaines, voire des mois, contre une mastite chronique.
- L'infection à Candida est une cause de mastite chronique. La mycose mammaire peut soit être à l'origine de la mastite, soit survenir conjointement à une mastite bactérienne, soit être une complication du traitement antibiotique donné contre la mastite.
- Une fatigue chronique et des carences alimentaires chez la mère peuvent favoriser les mastites chroniques. "Il sera utile, surtout si la mère se sent chroniquement épuisée, de faire un bilan clinique et biologique à la recherche d'un éventuel problème. Une anémie, une carence en vitamines et/ou en oligoéléments peuvent être responsable de mastites récidivantes. Le tabagisme peut encore aggraver le problème. Il sera utile de vérifier avec la mère si son alimentation est suffisamment variée et équilibrée. Une cure de fer, magnésium, vitamine C ... pourra s'avérer très efficace." 1
- "Les mastites itératives : Les périodes de mastites surviennent tous les quelques jours à toutes les quelques semaines. La mastite peut affecter toujours le même endroit du même sein : une lésion mammaire peut en être la cause. Elle peut affecter n'importe quel endroit d'un des deux seins, bien que le quadrant supéro-externe des seins soit statistiquement le plus souvent touché. L'état général est souvent en cause : fatigue, stress, carence ..." 1
- Un arrêt brutal de l’allaitement pourra aggraver la mastite et augmente le risque de survenue d’un abcès, parce que le sein risque de ne plus être correctement drainé. Et aucun tire-lait n'a l'efficacité du bébé pour ce faire !
- Un abcès se carractérise par une région bien délimitée du sein reste dure, rouge et douloureuse en dépit d’un traitement, les signes généraux s'aggravent ou au contraire peuvent avoir disparu. Du pus peut sortir au mamelon (l'allaitement peut être malgré tout être poursuivi). Une échographie du sein permettra de faire le diagnostic. Un bon drainage du sein est indispensable à la guérison, mais des séances d’aspiration à l’aiguille ou un drainage chirurgical pourront être nécessaires. L’allaitement devrait être poursuivi après le drainage. Un traitement antibiotique peut être institué parallèlement.
- Une septicémie est une infection généralisée grave.

 

1 Extrait de Les mastites (Cahiers de l'Allaitement n°2) http://www.lllfrance.org/Feuillets-pour-les-professionnels-de-sante/Les-mastites-Cahiers-de-l-Allaitement-n2.html
2 Extrait de Protocoles de l’Academy of Breastfeeding Medicine Protocole clinique n°4 – Mastite http://www.lllfrance.org/Demarrer-telechargement/Protocoles-de-l-Academy-of-Breastfeeding-Medecine/170-Protocole-ABM-4.pdf.html

 

 

 

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