A 1 mois, le bébé pesait 3720 g. Ses selles ont été rares à partir de cet âge : environ une tous les dix jours, mais émises sans aucune difficulté et d’aspect parfaitement normal. La prise de poids était bonne (800 g par mois en moyenne pendant les 4 premiers mois). Elise souffrait par contre de nombreuses rhinites et rhino-pharyngites.

Aux alentours des six mois d’Elise, Madame B. a commencé à lui proposer des aliments solides, fruits et légumes ; les quantités absorbées par le bébé étant infimes, les selles continuaient à avoir la même fréquence et le même aspect. L’enfant a commencé véritablement à accepter les solides aux alentours de 10 mois. Les produits laitiers n’ont pas été introduits, les tétées étant très fréquentes. De plus, il y avait des antécédents familiaux d’allergie : mère allergique, père ayant fait de l’asthme pendant la petite enfance, sœur aînée ayant eu de l’eczéma et de l’asthme… La mère consommait toutefois beaucoup de produits laitiers.

A partir de cette époque, l’enfant (âgée de 10 mois) a commencé à être réellement constipée. Elle avait des selles desséchées, difficiles à émettre, et pouvait rester plus d’une semaine sans aller à la selle, avec des épisodes où elle se retenait visiblement en serrant fortement les fesses, en tendant  tout le corps et en pleurant. L’émission était ensuite particulièrement douloureuse, avec de nombreux pleurs et cris. La prise de poids continuait à être bonne, sauf une stagnation entre 18 et 22 mois au-tour de 10 kg. Un diagnostic de fissure anale a été posé par le généraliste. Les parents ont tout essayé :
• Une diversification alimentaire à base de légumes, fruits et fibres : céréales complètes, jus de pruneaux, jus d’aloès, épinards... Les produits laitiers étaient toujours quasiment absents du régime alimentaire d’Elise.
• Des traitements médicamenteux avec des laxatifs.
• Un traitement homéopathique avec une crème au Ratanhia, Nitric Acidum 9CH, Arsenicum Album 9CH et Chamomilla 9CH.
• Deux séances d’ostéopathie  qui ont révélé des tensions assez fortes chez l’enfant, estimées être dues à une forte angoisse au moment de la naissance (césarienne ?).
 
Une légère amélioration est survenue pendant l’été. Mais à l’automne, les selles étaient à nouveau très sèches, avec émission tous les 7 à 8 jours ; déféquer dans un bain chaud était moins douloureux pour l’enfant. Un pédiatre a vu Elise à l’age de 16 mois : la fissure existait toujours. Un nouveau traitement par laxatif a été entrepris pendant un mois, associé à une crème cicatrisante et à des micro-lavements tous les 2 jours afin de rétablir un certain rythme des défécations.  Au bout de ce délai, les douleurs étaient toujours intenses, et l’administration des lavements était particulièrement pénible pour l’enfant et sa mère (qui avait l’impression d’agresser son bébé). L’examen clinique révélait toutefois une cicatrisation de la fissure, et le pédiatre lui a alors parlé  de consulter un pédopsychiatre.
 
Madame B. a décidé de consulter un spécialiste. Elle a été orientée vers le Pr Dominique Turck, gastro-entérologue pédiatrique au CHR de Lille, et fervent défenseur de l’allaitement. Il a d’emblée évoqué l’éventualité d’une fissure anale interne, et il a vu l’enfant (âgée de 20 mois) 10 jours plus tard. L’anuscopie effectuée lors de la consultation a révélé la présence de plusieurs fissures anales. Des prick tests cutanés (lait, soja, blé, amandes, arachides, moutarde, chien, chat) ont aussi été effectués, qui étaient négatifs. Un traitement à base de macrogol 4000 et de crème rectale (quinisocaïne et cétrimide) a été prescrit, ce qui a amélioré la situation sans la résoudre totalement. L’enfant est devenue propre, mais la constipation a perduré.

Malgré la négativité des tests cutanés, et se fondant sur une étude décrivant la constipation comme un signe d’allergie aux protéines du lait de vache (Chronic constipation as a symptom of cow milk allergy. G Iacono. Pediatrics 1995 ; 126 : 34-39. Doss All 1996 ; 26 : 14), le Pr Turck a alors proposé une éviction complète des produits laitiers, y compris sous leur forme cachée dans les produits industriels (lactose, lactosérum, protéines de lait etc.). Cette éviction concernait l’enfant, alors âgée de 28 mois, mais aussi sa mère puisque l’enfant était toujours allaitée. Au bout d'une semaine, les douleurs à l'émission des selles étaient déjà amoindries. Les selles sont passées de une tous les 8/10 jours, avec parfois nécessité d'un micro-lavement, à une tous les 4/5 jours. Au bout de 15 jours, il y avait une selle tous les 2/3 jours. Elles étaient bien plus molles, et surtout sans « bouchon ». Au bout d’un mois, la fillette faisait une selle par jour, sans douleur ni frayeur. Elise s’est avérée vraiment très sensible aux protéines du lait de vache : la consommation de 2 petits biscuits  apéritifs  a fait  réapparaître  la  constipation  pendant 2 semaines.  Cette  éviction totale  a été difficile  à gérer par la famille, et difficile à vivre pour l’enfant. Elise a actuellement 43 mois. Après 15 mois d'éviction la plus stricte possible de toutes les PLV, une réintroduction prudente des laitages a été possible en faible quantité (sinon la constipation réapparaît). Les symptômes ont disparu. Elise va à la selle sans crainte et sans douleur. La poursuite de l'allaitement a permis un apport calcique correct sans compléments.

 

Article publié dans les Dossiers de l'Allaitement numéro 66 (Janvier-Février-Mars 2006)

Véronique Blet, animatrice LLL, et Marie Courdent, animatrice LLL, formatrice LLL France Formation,  puéricultrice, consultante en lactation IBCLC.


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Ca faisait longtemps que je voulais faire la comparaison pour vérifier... je l'ai faite hier, et j'en ressors d'autant plus convaincue.
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