Chiara est née en août 2005. A la maternité, les puéricultrices lui ont donné des biberons à mon insu puis m’ont conseillé de lui en donner en attendant ma montée laiteuse. Je ne sais pas si cela à un lien; mais dès les premiers jours, elle nous a déclaré un eczéma.

 

Sachant qu’avec des parents allergiques (nous le sommes tous les deux), elle avait de grands risques de l’être aussi, j’en ai parlé à ma pédiatre. Elle m’a tout bonnement ignoré.

J’ai donc fait des recherches moi-même. J’ai commencé à changé tout son environnement:
-J’ai changé de lessives. Puis je suis passé aux noix de lavage.
-J’ai acheté un collier de noisetier.
-Petit à petit, j’ai vidé de mes placards tous les produits d’entretiens agressifs et nocifs. J’en choisissais des écologiques ou bien je les faisais moi-même.

Les problèmes de Chiara m’ont poussé à faire des recherches et à devenir de plus en plus soucieuse de notre environnement. Je suis aussi allée vers plus de maternage. L’allaitement m’avait appris à écouter et à répondre aux besoins de mon bébé. Je savais qu’elle ne faisait pas de caprices. Je me doutais qu’elle était gênée et qu’elle avait besoin de mon contact et de ma présence. Il fallait bien calmer sa douleur et ses démangeaisons. Elle se réveillait la nuit pour se frotter à moi. Ma pauvre puce était couverte de plaques qui suintaient par endroit. Elle ne dormait qu’en tétant mon sein. Le sommeil partagé m’a permis de dormir aussi.

Tout ce que j’ai fait (changé notre environnement ainsi que le maternage proximal ) a calmé son eczéma. De virulent il est passé à “calme”. Il en restait sur les poignets, les coudes et les jambes. Le reste du corps est devenu lisse.

J’ai aussi commencé à aller contre l’avis de ma pédiatre. Elle avait prescrit tout un tas de produits: des crèmes (dont une à la cortisone), un spray blanc à mettre dans les plis et un gel surgras pour le bain. Nous avons d’abord arrêté le spray blanc, cela accentuait la macération dans les plis. Puis le gel surgras qui aggravait l'eczéma. Selon ma pédiatre ce n’était pas possible. Nous sommes donc passés au savon d'Alep sans lui demandé son avis. Mais nous avons gardé le gel douche pour les cheveux. Si j’avais su... Nous avons aussi arrêté la cortisone de nous-mêmes. Ce produit déplaçait seulement le problème à d’autres endroit du corps.

Après avoir entrepris tous ces changements, j’ai insisté auprès de ma pédiatre. Lui parlant même d’allergie alimentaire. Et si quelque chose passait dans mon lait et la faisait réagir?

Selon ma pédiatre ce n’était pas possible.

J’ai encore insisté. J’ai demandé à fouiller cette piste. J’aurais pu par exemple arrêter les protéines de lait de vache (PLV ) et voir ce qu’il se passerait. Nous aurions pu tester Chiara...

Réponse de ma pédiatre: les tests sont trop lourds et peu significatifs pour un bébé. Son eczéma est courant. Cela ne sert à rien de s’affoler. Quant à mon allaitement, autant arrêter tout de suite. Si je commence des régimes d’évictions, je cours à la carence et mon bébé aussi.

Je me suis résignée. A partir de ce moment, je me suis dit que c’était de ma faute. J’étais en thérapie pour une dépression du post-partum. Mon accouchement ne s’était pas très bien passé. J’ai lu que beaucoup de bébé ayant une mère dépressive avaient de l'eczéma. Mon médecin (psychiatre au CMPP et à la maternologie de saint-cyr-78- ) avait déclaré que Chiara ne souffrait pas de ma dépression et allait très bien. Et s’il s’était trompé?

La culpabilité commença à m’envahir. Je me mis dans la tête qu’elle irai mieux quand j’irais mieux.

Justement, la peau de Chiara est allée de mieux en mieux, me persuadant que son problème avait un rapport avec le mien. Elle avait des poussées de temps en temps. Je les mettais sur le compte du stress et surtout de moi. Je culpabilisais énormément.

Nous avons changé de pédiatre quand Chiara avait dix mois. Nous ne recevions jamais de réponse à nos questions. De plus, elle finira par me dire que j’étais une mauvaise mère de m’accrocher à mon allaitement. Selon elle, mon bébé était mal nourri et ne grossissait plus. Nous avons trouvé un généraliste qui connaissait un peu l’allaitement et qui s'intéressa à mon écharpe de portage! Il nous expliqua que ma fille n’était pas du tout mal nourri. Simplement, elle avait commencé à se déplacer! C’était donc tout à fait normal qu’elle ne prenne plus cinq cents grammes tous les mois. Un biberon n’y changerait rien.

Un mois après ma reprise d’activité, elle prenait sa dernière tétée. Elle avait quinze mois. Nous avons pris cette dernière tétée en photo. Je sentais que c’était la fin. Elle tétait de moins en moins et de moins en moins longtemps. Quand elle m’a réclamé cette longue tétée, j’ai sentie qu’elle me l’offrait. Une sorte de tétée d’adieu. Quand je revois cette photo, je suis toujours très émue.

Depuis le début de la diversification, nous faisions très attention aux aliments que nous lui donnions. Nous évitions ceux qui présentaient un risque allergène. Mais, vers ses deux ans, notre vigilance s’est affaiblie. Nous avons été obligé d’aller vivre chez mes parents en attendant l’achèvement de notre maison.  C’est dans ces conditions que les réactions allergiques sont devenues plus significatives. La première réaction, qui m’a alarmée, a été celle qu’elle nous a fait après avoir manger un esquimau au chocolat. Elle n’en mangea seulement quelques bouchées et finit par nous dire “ ça pique”. Il fallu moins d’une minute pour apercevoir des rougeurs autour de sa bouche. Nous avons vérifié ce que contenait la glace au chocolat: des éclats de noisettes!

Il se passa deux ou trois autres incidents. Nous avons donc demandé à tout notre entourage d’être vigilant. Mais malgré les signes évidents d’allergies, personne n’y croyait vraiment.

Trois mois avant son troisième anniversaire, nous sommes allées à une fête qu’organisait la crèche. Chiara y mangea tout un bol de gâteau apéritif à la cacahuète. Je n’aurais jamais imaginer trouver de la nourriture contenant de la cacahuète dans une crèche!  Quand je m’en suis rendu compte il était trop tard. Elle avait le tour de la bouche (menton, dessous du nez, début des joues) complètement rouge avec des points blancs. J’ai bondi en voyant ça. Les autres mamans étaient persuadées qu’elle avait mangé de la tomate ou autre chose d’acide. Tout le monde à la crèche me disait sur un ton léger que non ça ne pouvait pas être les gâteaux qui avaient fait ça.

Chiara vomit toute la nuit qui suivit n’arrivant pas à s’arrêter. C’est à ce moment-là que je fus certaine qu’elle faisait une allergie alimentaire. Il n’y avait plus de doutes pour moi. Mon compagnon était d’accord avec moi, il fallait qu’elle voit un allergologue. Notre entourage nous trouvait toujours trop alarmiste.

L’incompréhension continua. Même mon génialisime généraliste ne voulut pas me conseiller un confrère. La plupart des allergies disparaissant vers 6 ans, il estimait inutile de voir un spécialiste. Mais cette fois je n’écoutais pas et je pris l’initiative de prendre rendez-vous quand même. Nous venions de déménager. J’en ai trouvé une dans notre nouvelle région.

Quelques jours avant le rendez-vous, Chiara fit une nouvelle réaction. Mes parents lui avaient donné un morceau de pain. Quinze minutes après elle vomissait dans les toilettes. J’ai tout de suite compris que son corps essayait de se défendre contre quelque chose. Nous avons appelé la boulangerie. C’était un pain spécial au sésame (réduit en poudre donc nous ne pouvions pas nous en rendre compte). Mon père était persuadé que cela ne pouvait être allergène. Moi je suis persuadé que tout l’est potentiellement.

Les tests ont confirmé les allergies alimentaires à l’arachide, à tous les fruits à coque et... au sésame! J’arrêtais enfin d’être une maman angoissée qui inventait des maladies à sa fille. Il a fallu quelques semaines pour que notre entourage comprenne que les réactions pouvaient être graves voir fatales.

J’ai vérifié la composition du gel surgras qu’elle avait eu bébé: huile de sésame! Heureusement, nous avions fini par l’arrêter aussi.

Je culpabilisais de n’avoir pas suivi mon instinct plus tôt mais un poids s’était levé. Ce n’était pas de ma faute. Ce n’est pas parce que j’allais mal les premiers mois de sa vie qu’elle avait de l'eczéma.

Mais à la fin des toutes dernières analyses, ce poids, que je croyais parti, revint. L’allergologue me dit de faire attention à ces aliments pendant ma grossesse et l’allaitement du bébé à venir. J’étais enceinte de sept mois! J’étais abasourdie! Moi qui croyait avoir donné le meilleur à ma fille, je l’avais peut-être intoxiquée pendant des mois et j’intoxiquais peut-être déjà mon fils!
Le doute m’a envahi. Je me suis demandée si j’allais l’allaiter.

Mais très vite je me suis rendue compte que j’avais enchaîné les mauvaises rencontres. Le problème aurait pu être pris plus tôt. Je suis une jeune maman. J’ai eu Chiara à 20 ans. Personne ne me prenait au sérieux. La preuve: étant bébé, Chiara avait aussi eu beaucoup de régurgitations, des pleurs incessants, du sang dans les selles et, plus grande, une constipation chronique. L’allergologue m'apprit que c’était sûrement du à ses allergies. Mais aucun médecin, jusque là, n’avait associé tous ces symptômes.

Aujourd’hui Chiara a trois ans et demi. Cela fait six mois que le diagnostic a été posé. Nous avons un projet d’accueil individualisé (PAI) pour l’école. Nous transportons sa trousse d’urgence contenant ses médicaments (dont une seringue ANAPEN ) partout. Nous regardons tous les ingrédients sur les paquets de nourriture ou de cosmétique. Elle n’a plus du tout d'eczéma, ne vomit plus, ne se plaint plus du ventre. Quel bonheur de la voir ainsi.

Julie
http://lepetitmonde.dejulie.over-blog.com/


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