Prévention

Prévenir l'allergie alimentaire

 

La prévention de l'allergie commence dès la grossesse. Elle se poursuit en allaitant son enfant puis par l'instauration d'une alimentation de qualité.

 

La prévention de l’allergie commence dès la grossesse. Il est prouvé que le bébé peut être sensibilisé avant la naissance à un aliment consommé par sa mère. Les recommandations selon l’ANAES, sont d'éviter de manger n'importe quel aliment en quantité excessive au cours de votre grossesse, particulièrement les denrées à base de lait de vache, d’arachide, de sésame, ainsi que les fruits secs. Durant la grossesse, il n’est pas recommandé de pratiquer un régime d’éviction en supprimant un aliment particulier dans un but préventif. Cette méthode est controversée et n’a pas fait ses preuves pour diminuer le risque de sensibilisation aux aliments.

 

L’allaitement a un rôle protecteur contre l’allergie. La majeure partie des études conclut à un impact protecteur de l’allaitement exclusif pendant les 4 premiers mois et il semble qu'on puisse diminuer l'incidence des manifestations atopiques (eczéma, asthme) si les enfants à risque sont nourris uniquement au lait maternel durant les 6 premiers mois de leur vie. L’Organisation Mondiale de la Santé recommande d’allaiter exclusivement 6 mois au sein et de poursuivre l'allaitement, en complément d'une alimentation solide, jusqu'à l'âge de 2 ans et plus.

 

Le choix d’une alimentation différente ("fait maison") pourrait limiter le risque de sensibilisation. Il est établi que la majorité des réactions allergiques surviennent après une consommation d’aliments préparés complexes (longue liste d’ingrédients variés, additifs alimentaires) et non pas avec l’aliment sous sa forme native. Depuis quelques décennies, la consommation de plus en plus fréquente de ces denrées issues de l’industrie agroalimentaire expose davantage les consommateurs à des allergènes masqués. Ceci pourrait en partie expliquer l’augmentation du nombre d’allergies alimentaires.

 

Les probiotiques (Bifidobacterium bifidum, Lactobacillus acidohilus) qui influent sur la flore intestinale, pourraient jouer un rôle dans la prévention de l’allergie alimentaire. Ils ont déjà été utilisés pour traiter et prévenir l'intolérance au lactose et les maladies atopiques. On en trouve parfois directement ajoutés dans certaines denrées (yaourts au bifidus) ou sous forme de compléments (en pharmacies, en magasins bio ou sur Internet). Attention, selon les marques, certains probiotiques contiennent des additifs allergisants (lait de vache, trace de lactose, soja). Leur utilisation est recommandée dès la grossesse et durant l’allaitement. On peut même en donner directement aux nourrissons (très peu d’effets secondaires rapportés), dilué dans un peu d'eau ou en ouvrant la gélule et en plaçant un peu de la poudre directement sur la langue du bébé ou bien sur les mamelons juste avant une tétée.

 

 

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Le régime d'éviction préventif

 

A la différence du régime d'éviction instauré pour soigner une allergie avérée, le régime préventif se pratiquerait par anticipation pour limiter le risque d'allergie. Des études ont mis en évidence que le foetus peut être sensibiliser à des allergènes durant la grossesse. De même pendant l'allaitement, le bébé peut se sensibiliser à des aliments via le lait maternel. Mais la pratique d'un régime supprimant les allergène n'a pas fait ses preuves scientifiquement.

Dans le cas particulier de l'arachide, il est tout de même recommandé de ne pas en consommer durant la grossesse ni pendant l'allaitement. Par contre, concernant les autres allergènes, l'efficacité du régime préventif n'a pas fait ses preuves.

La Société Française de Pédriatrie conseille tout de même, pour les bébés à risque d'allergie, d'éviter les aliments réputés très allergisants pendant la 1ère année. Plus précisément, elle recommande de bannir de manière préventive, l’arachide, les noisettes, les amandes et autres fruits oléagineux, de proposer des farines sans gluten au-delà du 6ème mois et retarder au-delà de la fin de la 1ère année l’œuf, les fruits de mer, le kiwi, le céleri, la moutarde, les épices.

Un régime d'éviction préventif peut donc parfois être mis en place,  estimé au cas par cas par l'allergologue, selon la situation, les antécédents familiaux et le risque allergique pour le bébé.

 

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Le rôle de l'allaitement dans la prévention de l'allergie

 

Depuis de nombreuses années, plusieurs études tentent de prouver ou d'infirmer le rôle protecteur de l'allaitement maternel sur le développement d'une allergie.

Des études ont tentés de définir si l'allaitement avait des vertus protectrices sur le développement d'une dermatite atopique, d'ezcéma, de l'asthme ou du weezhing (bruits respiratoires). Les résultats sont contradictoires.

Des méta-analyses ont aussi tenté de tirer cela au clair mais sans vraiment plus de succès.
Il est probable que cette hypothèse ne soit pas encore tranché à cause de biais méthodologiques ou bien parce que certains facteurs ne sont pas pris en compte.

Ce que l'on sait actuellement c'est que les aliments consommés peuvent passer dans le lait maternel, en plus ou moins grand quantité selon la mère. Le passage des allergènes respiratoire à aussi été constaté et étudié.
Le mécanisme de passage des allergènes dans le lait maternel semble encore assez mal compris et les facteurs qui permettent le passage des allergènes, ne sont pas non plus complètement élucidé.
Il apparait aussi que le lait d'une mère atopique ne soit pas le même que le lait d'une mère non-atopique.

La recherche se tourne actuellement sur la composition du lait maternel et tente d'étudier les constituant qui pourrait aider à la tolérance des allergènes qui passe via le lait de mère. Les chercheurs étudient en particuliers :  les cytokines, les anti-corps maternels et le rapport entre le taux omega6/omega3. 
Le lait maternel a aussi des propriétés sur la maturation de l'intestin (et donc du système immunitaire), entrainant une diminution de la perméabilité intestinales, ce qui aurait un impact sur l'induction de tolérance orale.

Au niveau du régime maternel, durant l'allaitement, les recommandations évoluent aussi. Il y a quelques années des régimes d'éviction ont pu être conseillé en prévention, ce n'est plus le cas aujourd'hui. En effet il semble qu'il puisse y avoir une sensibilisation à un allergène alimentaire via la barrière cutanée, l'éviction alimentaire de la mère ne servant alors à rien puisque l'enfant est en contact via la peau avec l'allergène. Il semblerait même que l'ingestion de l'allergène via le lait maternel puisse développer la tolérance orale, alors que l'exposition via la peau aurait tendance à sensibiliser.

En l'état actuel des connaissances, il reste encore beaucoup de questions sur le mécanisme de développement de l'allergie et l'allaitement maternel est une des pistes étudiées.
Même sans preuve de l'efficacité de l'allaitement sur la prévention de l'allergie, les recommandations dans les familles d'atopiques restent les mêmes : allaitement maternel exclusif jusqu'à 6 mois et en complément d'une diversification jusqu'à 2 ans et plus.

 

Références :

  • Bidat, E., 2010. L’allaitement maternel protège le nourrisson de l’allergie : contre. Revue Française d’Allergologie, 5ème Congrès Francophone d’Allergologie5rd Francophone Allergy Congress 50, 292–294. doi:10.1016/j.reval.2010.01.016
  • Chouraqui, J.-P., Dupont, C., Bocquet, A., Bresson, J.-L., Briend, A., Darmaun, D., Frelut, M.-L., Ghisolfi, J., Girardet, J.-P., Goulet, O., Putet, G., Rieu, D., Rigo, J., Turck, D., Vidailhet, M., 2008. Alimentation des premiers mois de vie et prévention de l’allergie. Archives de Pédiatrie 15, 431–442. doi:10.1016/j.arcped.2008.02.013
  • Dutau, G., Lavaud, F., 2012. Est-ce que l’allaitement maternel confère une protection contre l’allergie ? Revue Française d’Allergologie 52, 471–473. doi:10.1016/j.reval.2012.09.002
  • Macchiaverni, P., Rekima, A., Tulic, M.K., Verhasselt, V., 2012. L’allaitement maternel peut-il prévenir les maladies allergiques par l’induction de tolérance orale ? Revue Française d’Allergologie 52, 489–495. doi:10.1016/j.reval.2012.08.002
  • Pham-Thi, N., Bidat, E., 2014. Diversification alimentaire et risque allergique. Archives de Pédiatrie 21, 1392–1395. doi:10.1016/j.arcped.2014.07.003
  • Rhailet, F., 2015. Allergie, nouvelles connaissances,  nouvelles stratégies de prévention. Les Dossiers de l’Allaitement.